Vingt-cinq ans après les violents affrontements entre les armées ougandaise et rwandaise à Kisangani, les victimes demeurent sans réponse ni reconnaissance officielle. Dans un rapport publié ce 5 juin, Amnesty International déplore l’absence de poursuites judiciaires, de vérité et de réparations, malgré les conséquences humaines dramatiques de ce conflit urbain de juin 2000.
Le rapport, intitulé « Le Congo, ça n’émeut personne ? », met en lumière l’inaction des autorités congolaises et l’impossibilité pour la Cour pénale internationale d’intervenir, les faits s’étant déroulés avant 2002. Amnesty accuse les deux armées étrangères d’avoir lancé des bombardements indiscriminés sur des zones densément peuplées, causant des centaines de morts, des milliers de blessés, ainsi que des actes de viols et de pillages.
En 2022, la Cour internationale de justice a ordonné à l’Ouganda de verser des réparations à la RDC. Cependant, la gestion de ces fonds, amorcée en 2024, fait déjà l’objet de vives critiques. Des victimes interrogées évoquent un processus opaque, entaché de soupçons de détournement, et dénoncent l’absence de dialogue avec les communautés touchées.
Les témoignages recueillis sur le terrain révèlent un profond sentiment d’abandon. De nombreux rescapés interrogés par Amnesty pointent du doigt l’absence de volonté politique, les blocages institutionnels et le silence judiciaire. Certains évoquent un climat d’impunité favorisé par le fait que d’anciens responsables politiques pourraient être impliqués dans les événements.
Face à cette impasse, Amnesty International appelle les autorités congolaises à engager des enquêtes sérieuses et à juger les responsables, sur la base de preuves recevables. L’organisation insiste également sur la nécessité d’offrir des réparations adéquates, en concertation avec les victimes. Pour Amnesty, cette reconnaissance est essentielle pour restaurer la confiance et briser le cycle des violences récurrentes en RDC.

