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Kinshasa : de deux heures d’embouteillages à vingt minutes de route, une fluidité de transport obtenue au prix d’un contrôle renforcé

La ville de Kinshasa a vécu ce lundi 26 janvier 2026 une journée inhabituelle. Des trajets habituellement interminables, pouvant durer deux à trois heures, se sont exceptionnellement parcourus en une vingtaine de minutes. Une fluidité rare de transport dans la capitale congolaise, conséquence directe d’une grève massive des transports en commun provoquée par le lancement d’une vaste opération de contrôle renforcé des véhicules.

Déclenchée par les autorités provinciales, cette opération vise officiellement l’amélioration de la sécurité routière, la lutte contre les embouteillages chroniques et la protection des usagers de la route. Pour circuler, les conducteurs sont désormais sommés de présenter plusieurs documents obligatoires, dont les coûts cumulés avoisinent les 600 dollars américains.

Des sources proches de l’hôtel de Ville parlent d’une vignette fixée à 70 USD, un permis de conduire à 120 USD, un contrôle technique évalué à 80 USD et une assurance automobile estimée à 294 USD.

Ces nouvelles exigences ont suscité une vive colère dans le secteur des transports. En réaction, de nombreux chauffeurs de taxis, taxis-bus et bus de transport en commun ont tout simplement refusé de prendre la route. Le résultat immédiat est l’absence remarquée de véhicules dans plusieurs carrefours stratégiques de la ville et une paralysie partielle de la mobilité urbaine.

Les premières victimes de cette situation sont les travailleurs, fonctionnaires, enseignants et élèves. Par milliers, ils ont été contraints de parcourir de longues distances à pied pour rejoindre leurs lieux de travail ou d’étude, notamment dans les communes les plus touchées par la grève. Si les routes étaient étonnamment dégagées, les trottoirs, eux, étaient noirs de monde dès les premières heures de la matinée.

Du côté des chauffeurs, le discours est sans équivoque. Beaucoup dénoncent des mesures jugées brutales et inadaptées au contexte socio-économique actuel. « On nous demande de remplir quatre conditions avant de rouler. Pour être en ordre, il faut près de 600 dollars, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde », témoigne un chauffeur de taxi sur l’axe Kintambo Magasin–Gare centrale. Un autre conducteur renchérit : « Nous sommes fatigués des tracasseries. On nous exige de tout payer d’un coup, alors que l’année ne fait que commencer. »

Les chauffeurs de poids lourds, pour leur part, rejettent toute responsabilité dans la congestion routière habituelle et pointent directement le gouverneur de la ville, Daniel Bumba Lubaki. Ils appellent à des discussions pour revoir une initiative qu’ils estiment pénalisante et susceptible d’asphyxier davantage le secteur des transports.

Pour accompagner cette opération, un important dispositif sécuritaire a été déployé. Environ 3 000 agents, issus des services de transport urbain, de la Police nationale congolaise et d’unités spécialisées, ont été positionnés sur près de 60 carrefours stratégiques de la capitale afin de faire respecter les nouvelles mesures et tenter de maintenir la fluidité du trafic.

Kinshasa a ainsi vécu un lundi partagé entre satisfaction passagère de voir disparaître les embouteillages et profonde inquiétude sociale face aux exigences administratives imposées.

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