Au cœur de cette réforme figure la problématique des semences, considérée comme une priorité majeure par le gouvernement. Le ministre a révélé que les semences actuellement utilisées par les agriculteurs sont largement dégénérées, affectant fortement les rendements agricoles. Pour y remédier, des missions ont été déployées dans toutes les provinces afin d’évaluer l’état du secteur semencier. Ces enquêtes ont permis de dresser un constat alarmant : près de 95 % des infrastructures agricoles sont aujourd’hui dans un état de délabrement très avancé, héritées pour la plupart de l’époque coloniale et des premières républiques.

Face à cette situation, le gouvernement entend réhabiliter ces infrastructures et relancer la production de semences de qualité. Un accent particulier est mis sur la modernisation des laboratoires agricoles, notamment en génétique, en physiologie végétale et en analyse des sols, ainsi que sur l’installation de stations météorologiques pour améliorer la planification des campagnes agricoles.
La réforme prévoit également la sécurisation des espaces agricoles et la mise en place de systèmes de distribution d’intrants agricoles accessibles dans tous les territoires. Le ministre a insisté sur la nécessité d’améliorer l’accessibilité et la disponibilité des semences et des engrais, soulignant qu’actuellement, les rendements agricoles en milieu paysan restent très faibles, parfois limités à 800 kg par hectare, contre 4 à 8 tonnes dans certains pays voisins.
La question des fertilisants constitue un autre défi majeur. Le pays dépend encore fortement des importations, notamment en provenance de la Tanzanie. Pour réduire cette dépendance, le gouvernement prévoit la construction de trois usines de production d’engrais, qui seront implantées dans différentes régions du pays, notamment dans l’Est, à Lubumbashi et à Boma.
Par ailleurs, la mécanisation agricole a été identifiée comme un levier essentiel pour accroître la productivité. Des projets de montage d’usines de tracteurs sont en cours, en partenariat avec des investisseurs internationaux, afin de permettre aux agriculteurs, y compris les petits exploitants, d’accéder à des équipements modernes.
Le ministre a également souligné la volonté de l’État de se désengager progressivement de la gestion directe des grandes entreprises agricoles, au profit du secteur privé. Cette orientation vise à favoriser les investissements, créer des emplois et dynamiser les chaînes de valeur agricoles. À cet effet, des réformes sont en cours pour améliorer le climat des affaires, notamment à travers la révision du code agricole et la facilitation de l’accès aux terres.
Par ailleurs, le gouvernement mise sur la promotion des cultures pérennes telles que le cacao et le café, ainsi que sur le développement des coopératives agricoles pour mieux encadrer les petits producteurs. Des pépinières communautaires sont déjà en cours d’installation dans plusieurs provinces, dans le but de relancer durablement la production.
Muhindo Nzangi Butondo a insisté sur la nécessité de réformer en profondeur la gouvernance du secteur agricole, en luttant contre les tracasseries administratives et en améliorant l’accès au financement. Il a notamment évoqué la mise en place d’une banque agricole et d’un fonds national de développement agricole pour soutenir les producteurs.
À travers cette réforme, le gouvernement congolais ambitionne non seulement de garantir la sécurité alimentaire, mais aussi de faire de l’agriculture un véritable moteur de croissance économique et de création d’emplois en République démocratique du Congo.

