Dans un point de vue rendu public, l’activiste estime que la lutte contre Ebola ne peut être réduite à une simple urgence sanitaire. Derrière chaque cas confirmé, rappelle-t-il, se cachent des familles traumatisées, des survivants confrontés à la stigmatisation, des enfants vulnérables, des femmes exposées à diverses formes de violences et des communautés souvent déstabilisées par la peur et les rumeurs.
Selon lui, la coordination actuelle de la riposte reste largement dominée par le secteur de la santé, alors que plusieurs ministères clés demeurent peu visibles dans les mécanismes opérationnels. Il cite notamment les ministères des Affaires sociales, du Genre, Famille et Enfant, de l’Intérieur et Affaires coutumières ainsi que celui de la Jeunesse, dont l’implication pourrait renforcer considérablement l’efficacité de la réponse.
Arnold Bakulu souligne que les résistances communautaires, la méfiance envers les équipes médicales et la persistance de certaines pratiques culturelles démontrent les limites d’une approche exclusivement médicale. Pour lui, la lutte contre Ebola doit également intégrer les dimensions sociales, psychologiques et culturelles qui influencent directement l’adhésion des populations aux mesures de prévention.
L’activiste regrette particulièrement la faible présence du ministère des Affaires sociales dans l’accompagnement des familles touchées. Les conséquences de l’épidémie vont bien au-delà de la maladie elle-même : désorganisation familiale, perte de revenus, traumatismes psychologiques, rejet des survivants et augmentation de la vulnérabilité des enfants. « La guérison ne concerne pas uniquement le corps ; elle implique aussi la reconstruction sociale et psychologique des personnes affectées », soutient-il.

Il attire également l’attention sur les enjeux liés au genre. Dans de nombreuses communautés, les femmes sont en première ligne dans la prise en charge des malades et s’exposent davantage aux risques de contamination. Les crises sanitaires favorisent par ailleurs l’augmentation des violences basées sur le genre, des abus sexuels et de la précarité économique. Pour Arnold Bakulu, une riposte efficace devrait intégrer systématiquement des mécanismes de protection et d’accompagnement des femmes et des jeunes filles.
L’activiste met également en avant le rôle stratégique que pourraient jouer les autorités coutumières et religieuses dans la sensibilisation communautaire. Leur proximité avec les populations leur permettrait de renforcer l’acceptation des mesures sanitaires et de lutter plus efficacement contre la désinformation. L’expérience des précédentes épidémies a démontré que les communautés adhèrent davantage aux interventions lorsque celles-ci sont relayées par leurs propres leaders.
Les jeunes constituent également, selon lui, une ressource encore insuffisamment exploitée. Dans un pays où ils représentent une part importante de la population, ils pourraient contribuer activement à la sensibilisation, à la lutte contre les fausses informations, à la mobilisation sur les réseaux sociaux et à la promotion des comportements préventifs. Leur implication accrue permettrait de rapprocher davantage les équipes de riposte des réalités du terrain.
Face à ces constats, Arnold Bakulu plaide pour une approche véritablement multisectorielle, capable de mobiliser simultanément les acteurs sanitaires, sociaux, communautaires et institutionnels. Il appelle à une participation plus active des ministères concernés ainsi qu’à un renforcement des partenariats avec les organisations de la société civile, les associations de jeunes, les organisations de femmes et les leaders communautaires.
Pour l’activiste, la lutte contre Ebola ne se gagnera pas uniquement dans les laboratoires ou les centres de traitement. Elle se jouera également au sein des familles, dans les villages, auprès des survivants, des femmes et des jeunes. À travers cette 17ᵉ épidémie, la RDC dispose, selon lui, d’une occasion de repenser la gestion de ses urgences sanitaires en plaçant les communautés au cœur de la réponse.
« Protéger les populations contre Ebola, c’est aussi protéger leur dignité, renforcer leur résilience et restaurer la confiance entre l’État et les communautés », conclut-il.

